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Chet Baker ou la douceur du désespoir

Austin Trio fera revivre, le 5 juin au théâtre du Chien Blanc,
les compositions du trompettiste Chet Baker.
Article paru le 16 janvier 2009

C’est sûrement au sein de son trio avec Philip Catherine (guitare) et Jean-Louis Rassinfosse (contrebasse) que Chet Baker sut donner à son jeu une assurance particulière, laissant derrière lui l’admiration d’un style épuré, délicat, malgré la dureté de son existence. C’est donc dans le sens du vent qu’Austin Trio a retransmis, mercredi dernier au Mandala, l’âme sincère du trompettiste de Yale – déserteur, indiscipliné, toxicomane, mais prince de la ballade fragile et sensuelle.

Après maintes conversations sur le sujet inépuisable de la "jazzistique" française, le public du petit jazz-club toulousain fut enfin récompensé par l’entrée nonchalante, mais néanmoins amicale, des trois musiciens sur scène : Rodolphe Tissinier, Eric Imbert et Jean-Pascal Marrou. Une brève présentation du répertoire en lien avec la carrière de Chet fut la bienvenue, plantant ainsi le décor de ce qui allait suivre.
Il faudra avouer que la surprise, même préparée par des enregistrements, eut son petit effet… Tout d’abord un trio sans batterie ; ensuite trois instruments aux tessitures graves, contrebasse (J-P. Marrou), guitare (E. Imbert) et qui plus est comme leader, un trombone (R. Tissinier) ! On peut dire que la formation ne s'est pas créée sur un terrain facilement constructible, et pourtant…
Le trio possède une énergie formidable ! Des reprises de standards ? Oui, mais agencées en un répertoire captivant. Alternant ballades et swing ? Commun, seulement, avec une expressivité grandissante. De la superbe interprétation de "Beatrice" (Sam Rivers), il s’abandonne à "Triste" (Antonio Carlos Jobim), une bossa, rappelant la participation de Chet au Boto Brazilian Quartet en 1980, pour finalement revenir aux classiques ayant fait son succès ( "But not for me").

Austin Trio

Se retrouve dans le son du cuivre ce même souffle caractéristique des phrases, à la fois sensuelles et vaporeuses, du célèbre trompettiste, jouant souvent dans le registre grave. Peut être une réminiscence de la jeunesse de Chet, qui débuta la musique avec un trombone que lui avait offert son père avant de l'échanger contre une trompette par admiration pour le spectaculaire Harry James.
En parlant d’improvisation, nombreux sont les risques pris pendant les chorus, armés d’une intention faisant passer les fausses notes avec humour et le lyrisme de certaines phrases avec une virtuosité "plus magique que technique" ; gardant, dans les deux cas, le sourire aux lèvres des auditeurs. Malgré l’inimitable voix de Chet, on retiendra le désir du tromboniste et chanteur Rodolphe Tissinier de se rapprocher de son style vocal.
On ne pourra donc qu’applaudir un trio ayant bien compris que servir la musique, c’est se libérer de son ego, se contrôler pour donner l’essentiel et atteindre, à la manière de Chet Baker, "une musique à la beauté tranquille et aux climats tendus, calmes et recueillis." [...] II

Quentin Daniel

Eric Imbert
Eric Imbert et Jean-Pascal Marrou. Au centre, l'Austin Trio complet. (Photos DR)







Jazz
Tribute to Chet Baker
Austin Trio. Avec : Rodolphe Tissinier (trombone), Eric Imbert (guitare), Jean-Pascal Marrou (contrebasse).
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JP Marrou