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Putain d'République !

Antoine Beauville emprunte avec bonheur à la chronique
politico-judiciaire dans sa nouvelle comédie,
Arrosage Automatique, à la Comédie Rive droite.
""Une fille qui fait 95 de tour de poitrine et 32 de tour de tête
ne peut pas vraiment être mauvaise. Elle peut seulement être légèrement sotte."
Michel Audiard, Faut pas prendre les enfants du Bon Dieu pour des canards sauvages


Voici rev'nir l'Antoine ! Beauville en personne, toujours chez lui sur la scène de la Comédie Rive Droite où, remonté comme coucou en Suisse après avoir mouliné biscotte, cerise et magnificence du con ordinaire, il vient créer son nouvel opus, Arrosage automatique, avec ce qu'il faut d'énergie et un poil d'inquiétude. Il y a presque de quoi : non content de s'essayer à un genre que le café-théâtre pratique peu – la broderie sur histoire vraie – l'humoriste favori des Saint-Orennais s'attaque à un rude morceau : l'affaire Elf, ses amours d'Etat et ses rétrocommissions. Personnage principal : Christine Deviers-Joncour, "putain de la République" autoproclamée avec l'aimable assistance des magistrats.

Le retour de Marraine
Cela pourrait presque commencer façon Blier/Audiard dans le film précité : "Messieurs, si je vous ai arrachés à vos pokers et à vos télés, c'est qu'on est au bord de l'abîme. La maladie revient sur les poules. [...] Le tocsin va sonner dans Montparnasse. Il y a le cholera qu'est de retour. La peste qui revient sur le monde. Carabosse a quitté ses zoziaux. Bref, Léontine se repointe." Bon, je récapitule dans le calme : Léontine – pardon, Christine – s'est rangée des voitures depuis vingt piges bien sonnées, vouée à l'ennui de luxe et aux mots fléchés taquins, lorsque le téléphone sonne. Une fois, deux fois, trois fois, de la part de baveux à peine dignes de torcher un pétrus de babouin, tous acharnés à lui demander des nouvelles d'une Jennifer qui n'a jamais été sa filleule.
Quand on parle du loup, voici venir la rosière : Géraldine de son prénom, pimpante en diable, si creuse de la cafetière qu'une idée lancée dedans n'atteint jamais le fond et un poil embêtée tout de même. Pensez donc : Clément Gonzague, son ministre d'amant, refroidi façon Miko, son chez-soi retourné à la bêche et des malintentionnés dans toutes les portes cochères. Ç a sent le rififi et la mauvaise calembredaine, tout juste de quoi se faire tinter les grelots – si ce n'est que la donzelle, nom de code Jennifer, n'y entrave que pouic. Ce ne sont tout de même pas ses bons offices, un gros câlin par ci, une petite valise par là, qui lui valent les honneurs de la barbouzerie, non ?
Ben si. La preuve par les petits points rouges baladeurs, les coups de biniou menaçants et le technicien vidéo bègue qui débarque en se prenant les pieds dans le tapis, envoyé pour faire un parapluie de quelques souvenirs bienvenus. Ah, les confessions d'un petit pois... Et Marraine Christine qui repart au branle-bas, rameutant le ban et l'arrière-ban des vieilles relations pour débrouiller le sac d'emm... – les détails et la suite sur place, on ne va tout de même pas tout raconter.

"Fallait pas réveiller Mamie."
Les intéressés eux-mêmes (Marinette Montero, Larra Mendy, Antoine Beauville) n'en revenaient pas : que le public s'ébaubisse d'une comédie, passe encore, c'est plutôt sain, voire normal ; que, le soir d'une première dûment fournie en trous, pannes et pataquès (une première, quoi), il faille casser les rires d'une relance rentre-dedans sous peine d'y passer deux heures et plus, voilà qui était moins attendu. "Fallait pas réveiller Mamie", comme le dit si bien Christine/Marinette...
On pouvait cependant subodorer un léger risque de succès, le sujet à lui seul offrant riche matière à intrigue et comique, une fois débarrassé – mais pas plus qu'il ne faut – de ses plus lourdes références politico-magouillo-financières, et ses éléments essentiels rappelés au bon souvenir de l'assistance. A partir de quoi il ne restait plus à l'auteur qu'à faire preuve de son talent usuel pour le déboyautage : une louche de comique de situation par ci, une autre de répétition par là, rythme enlevé allant crescendo, répliques bien balancées et clins d'oeil à pleines mirettes, au bénéfice de personnages dont le dessin à gros traits vise l'efficacité maximum et cache lui-même quelques facéties finales.
La dinde, la teigne et l'encombré : un trio d'autant plus gagnant que les comédiens partagent une connivence polie par des années de scènes partagées et s'offrent chacun leur morceau de bravoure. Celui de Larra Mendy en pétroleuse lobotomisée est à peu près permanent ; Antoine Beauville, maître en son royaume, se fait plaisir à tout bout de champ par le clin d'oeil et par l'impro ; Marinette Montero, enfin, trouve son grand air dans une tirade digne du maître Audiard, référence assumée de l'auteur, jusqu'à faire oublier Christine au profit de Françoise – Rosay, l'immortelle Léontine.
Il y a, bien sûr, encore à faire avant d'arriver au jeu huilé des meilleures comédies : un rythme trop peu tenu en début de morceau, une avant-fin un chouia étirée, une ou deux facilités à éradiquer – la scène y pourvoira, comme toujours, par polissage et resserrage. Mais parions-le : tel qu'il est déjà, cet Arrosage automatique fera monter les rires comme blé en herbe, et plus encore la belle saison venue. Allons, la moisson sera belle. II

Jacques-Olivier Badia

Arrosage automatique
Au service de la patrie. (Photos Djeyo/Le Clou dans la Planche)









Comédie
Arrosage automatique
Ecrit et mis en scène par Antoine Beauville.
Avec Marinette Montero, Larra Mendy, Antoine Beauville.

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