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Essentielle Antigone

Sophocle avant Anouilh, Antigone toujours : le théâtre
du Pavé confronte deux versions d'un grand texte.

Une œuvre. Des comédiens. L’imaginaire des uns qui rencontre l’imagination des autres, aidés par un texte fort, pour ne pas dire sublime, voilà le principe du cycle "Noir Lumière" initié par le Théâtre du Pavé et la compagnie des Vagabonds. Après Dom Juan, Antigone de Sophocle investit la petite scène de la rue Maran en alternance avec celle de Jean Anouilh.

Francis Azéma l’avait annoncé, la mise en scène est élémentaire. Renouant en ce sens avec les origines du théâtre, elle sacrifie ici le superflu et le spectaculaire, pour mieux ressusciter semble-t-il la quintessence tragique du mythe d’Antigone. Si on ne trouve pas de colonnes antiques auxquelles appuyer son front soucieux, de décors réalistes ou de costumes d’époque, il ne semble rien manquer d’essentiel.
Le roi Créon, personnage central de la pièce, n’a rien perdu de son hybris, Antigone de sa puissance de résistance ni de sa piété familiale. On ressent bien toute la complexité des rapports humains exprimée par Sophocle, rapports filiaux, sororaux, amoureux, rapports de subordination au roi. La question du droit naturel (celui de la religion ou de la conscience) qui se heurte au droit positif de l’Etat s’impose uniment, tandis que s’expriment in petto la peur du peuple, la douleur des femmes, la misogynie d’un roi.
Bref, rien ne nous échappe du drame qui se joue sous nos yeux. Il est tout entier concentré dans ce petit espace, sa scène et ses quelques artifices : un portant à rideau, des masques, un diadème et deux ou trois instruments de musique…

Ceci ne conclut pas à une absence de mise en scène. La pièce est rythmée tout le long par une chorégraphie du Chœur tirée au cordeau. Les déplacements des sages se font au son des percussions et les coups de bâtons frappés sur le sol de Thèbes scandent comme un haka les différentes scènes de cette tragédie programmée. Soudain Tirésias surgit depuis la salle de spectacle, créant une surprise dans l’occupation de l’espace. Ce sera la seule diversion.
Côté jeu, rien à redire non plus. Autour de Francis Azéma en Créon (dont il fait un tribun aussi convaincant que l’était son Jean Jaurès) et de Sylvie Maury démontrant une fois de plus l’étendue de son registre (*), Les Vagabonds font feu de tout bois. Jeunes, prometteurs, talentueux, ils sautent d’un rôle à un autre, incarnant la jeunesse d’un Hémon comme la sénescence du chœur. (*)
La jolie Agnès Claverie parvient à rester fidèle au personnage original d’Antigone tout en lui donnant des airs de jeune fille d’aujourd’hui. Et puis il y a sa sœur, Ismène, interprétée par une Pauline Lecoq aussi blonde qu’Agnès est brune. Le contraste naturel entre les deux jeunes filles souligne tacitement, mais efficacement, la différence psychologique des deux sœurs. Là encore, c’est une jolie trouvaille ! Un visage adolescent, une voix claire d’enfant apeurée, Ismène humaine échappe elle aussi à l’inconsistance qui guette parfois les héros tragiques devenus paradigmes.
Le texte, le jeu, les comédiens et la mise en scène… tout cela est parfait. Et il semble bien que le deuxième volet d’Antigone(s), mise en scène d’après Anouilh et donnée en alternance, tienne aussi bien ses promesses… (Lire l'article >) II

Bénédicte Soula



(*) Sylvie Maury joue Tirésias, un membre du Chœur, Eurydice l’épouse de Créon. Christophe Montenez joue Hemon et Romain Grard le Garde annonçant à Créon la désobéissance d’Antigone (entre autres rôles).




L'argument

Antigone est la fille d’Oedipe et de Jocaste. Ses deux frères se sont entretués pour le trône de Thèbes. Créon, nouveau roi de Thèbes et frère de Jocaste ordonne des funérailles solennelles pour Étéocle, mais interdit par décret public d'ensevelir son autre neveu Polynice, considéré comme traître à la Cité. Antigone refuse de se soumettre et fait donner une sépulture à son frère. Elle est condamnée par Créon à être enterrée vivante dans le tombeau familial, au désarroi de son fiancé Hémon, également fils de Créon. Le devin Tirésias annonce au roi Créon qu’il va payer cher cette décision injuste.
Antigone Sophocle
Antigone en "noir lumière" : l'épure de la tragédie. (Photos Patrick Moll)






Théâtre

Antigone

De Jean Anouilh / Les Vagabonds.
Direction d'acteurs : Francis Azéma et Sylvie Maury.
Interprétation : Agnès Claverie, Pauline Lecoq, Sylvie Maury,
Francis Azéma, Romain Grard et Christophe Montenez.

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