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Aléas, jazz-épice

Le jazz oriental d'Aléas mêle ambiances
et instruments inusités au théâtre du Pont Neuf.

Le groupe Aléas porte bien son nom. Univers sans contrainte, loin des soucis frontaliers, il mène la danse demain soir encore au théâtre du Pont Neuf, dans le cadre du tout frais festival Mai la musique. Un écran, quatre musiciens, de drôles d’instruments, un métissage épicé entre improvisation jazzy et mystère des terres arides.

Des compositions singulières
Aléas est né de la rencontre entre les frères Gionie Stéphane (guitare) et Xavier (percussions/batterie) et le saxophoniste Cyril Laurent à l’école Music’hall à Toulouse. Ce trio, devenue quartet en présence du contrebassiste Mathieu Jardat, arpente à la fois des reprises de célèbres musiciens tels que le joueur d'oud libanais Rabih Abou Khalil ou encore Oum Kalsoum. Il s’adonne à la composition de mélodies singulières, toujours imprégné d’un esprit traditionnel lointain.
La formation possède cet avantage d’être composé de musiciens confirmés dont le talent s’est ouvert à ces cultures musicales fascinantes que sont celles du Maghreb ou des Balkans, offrant ainsi une échappée rythmique et mélodique très colorée.
Les pieds vacillent, les têtes hochent. La musique d’Aléas est entraînante, énergique. Serpentant entre rage et soupirs, l’improvisation occupe une place prépondérante pour donner suite à des thèmes à forte valeur narrative. Sortis de nulle part, des instruments expriment leurs origines. Du steel drum, le "tambour d’acier", instrument de percussion mélodique venu des Caraïbes, au ney (flûte d’origine persane), les frères Gionie, multi-instrumentistes, partagent cette passion du timbre qui, mélangée aux compositions, apportent l’odeur et le mystérieux du traditionnel.

Aléas

Un véritable son
Le groupe possède un véritable son, chaque musicien, une bonne technique et beaucoup d’expressivité, mais, seul petit défaut à signaler, la durée du concert se joue de l’attention portée à la musique. Ayant une énergie réelle mais malheureusement itérative, passé le premier set, le spectateur pourrait avoir du mal à rester en haleine. Ce qui n’enlève que très peu à l’intérêt de cette musique.
Un écran attire l’œil. Présences indirectes, chaque personnage est vu à travers son ombre, les reflets de l’eau, d’une vitre. Une vidéo de mouvement intéressante, mais qui a du mal à fusionner réellement avec l’univers musical et rythmique, laissant perplexe face à deux identités artistiques rarement liées. Framboise Esteban a sûrement voulu transmettre ces notions de voyages et de poésie de l’anonymat, mais, par moments, seul le remplissage visuel décousu est présent au-delà de l’interaction nécessaire à la pluralité artistique.
Le quartet vaut tout de même le détour, notamment pour son identité musicale et sa capacité à allier avec finesse jazz et musique du monde, plus que pour sa mise en scène. A écouter, plutôt que voir. II

Quentin Daniel

Aléas
Aléas. (Photos Baptiste Hamousin/Le Clou dans la Planche)







Jazz métissé
Aléas
Stéphane Gionie (guitare), Xavier Gionie (batterie, percussions), Cyril Laurent (saxophone), Mathieu Jardat (contrebasse).
Vidéos : Framboise Estéban.

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