Originaire du Tarn (et pourquoi pas ?), le groupe Airtiss réinvestit le petit club de Toulouse cher aux amateurs de jazz de tout poil. Au Mandala sonne ce jazz métissé que le quintet crée, remanie, réarrange à sa sauce funky. Formé depuis un certain nombre d’années, huit pour être plus exact, l’expérience de ses membres n’a fait qu’enrichir le désir du groupe d’un "autre jazz", sinon moins technique, du moins plus brut de décoffrage.
Allusions, citations etc.
On reconnaît ses influences, de Maceo Parker à John Scofield, mais aussi Dave Holland et Nils Landgren.
Mais commençons par le début : dans ce groupe se chevauchent les sons du saxophone (Tim Saour), du trombone (Rodolphe Tissinier), avec une section rythmique plus qu’efficace composée de Pascal Delmas à la batterie, Thierry Sterckval à la basse et John Bonga à la guitare. "Un ange passe", comme on dit, et la basse fretless de Thierry Sterckval interprète une introduction solo avant de lancer le groove d’un funk ou d’une ballade.
Parce que le fil conducteur des morceaux d’Airtiss se trouve ici : les énergies du répertoire sont diverses, mais gardent cette batterie toujours entraînante qu’on a moins l’habitude d’entendre dans une ballade jazz que dans un bon rock. Et parlant de rock il est là, au travers d’Une impression de Giant Step et autres reprises piquantes.
Allusions et citations s’entremêlent, Bollywood fait son apparition avec un joueur de sitar plus bluesman que sitariste, accompagné d’un saxophoniste guimbarde au bec. Autant de compositions que Rodolphe Tissinier arrange, prétexte à improvisations déchaînées, danse techno-classique et oui, Bach peut se retrouver sous d’autres formes que le choral ! On sent que les musiciens ont besoin de se défouler, mais le défouloir reste très pro avec un haut niveau en matière d’improvisation et d’écriture.

Au dible le jazz d'initiés
Le public apprécie cette énergie, ce dialogue entre les improvisateurs, jouant à se lancer des challenges en direct, le son unifié du groupe passant tout particulièrement par l’écoute de ses protagonistes, les cocottes du guitariste mettant en valeur le son plus rond de sa voisine la basse au sein des harmonies chaleureuses du duo sax-trombone...
"Amener la connaissance sans élitisme. Donner du bonheur aux gens, les faire danser…" – une phrase de Rodolphe Tissinier qui traduit bien l’ambiance de ce quintet. Maintenant, dire que le jazz d’Airtiss se place "en bouffée d’air" et endosse le rôle honorifique d’un "jazz nouveau" est peut-être un peu exagéré. Certes, ce genre de jazz permet de quitter l’ambiance pesante où les auditeurs, initiés, froncent les sourcils pour comprendre qu’à la quatrième mesure du morceau, la métrique (caractéristique rythmique d’une mesure, pour cex qui ne le sauraient pas) a changé ou que l’improvisateur a utilisé telle ou telle gamme. Mais Airtiss, sans critiquer la qualité de compositions d'un excellent niveau, n’est pas un groupe novateur. Une remarque qui n’enlève rien à l’atmosphère de sa musique, conviviale plutôt que compétitive.
Un bon moment à partager mais surtout à écouter. II
Quentin Daniel