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2 femmes, 3 musiciens...

Duo peu attendu que celui de la chanson et de la danse
et que proposait, jeudi, le théâtre Jules-Julien.

Jeudi 22 octobre 2009 au théâtre Jules-Julien : deux Sarah, l'une chanteuse (Sarah Caillibot) et l'autre danseuse (Sara Martinet), accompagnées de leurs musiciens respectifs, Christian Alazard et Jean-Philippe Carde pour la première, un manipulateur de sons électroniques pour la seconde, présentent un spectacle en trois parties : un concert entrecoupé par un solo de danse dans une baignoire sabot, 2 Sarah 1 baignoire.Les créations originales de la compagnie des Baigneurs relèvent d'une grande maîtrise technique, tant au niveau des textes et de la musique que de la danse. Les trois musiciens font preuve d'une écoute remarquable et remplissent l'espace. Et pourtant...

Quand le public s'installe, le jazz en musique de fond se fait discret. La baignoire trône. Vient le noir, on distingue des silhouettes qui traversent. Serait-ce Sara ? cette Sara qu'on imagine remplir la baignoire. Non : c'est un homme, un musicien, le bassiste. Il s'assoit. Une autre silhouette surgit. Serait-ce Sarah ? cette Sarah qu'on imagine prendre le micro ? Non c'est un homme, le guitariste. Les éclairages bleutés tombent sur la scène. Quelques notes d'un toucher sensuel vibrent et une voix de femme-enfant retentit – "Y'a une vue d'enfer, un ciel à colorier." La boîte noire s'ouvre au-dessus. Les anges passent et les démons mettent les poils au garde-à-vous.
Sarah chante. Elle s'arrête. Elle parle. Alors les mots, simplement, se font percutants. Une femme vient de lancer une voix chaude et suave dans la salle. Elle se transforme en voix fragile d'enfant : "Eh ! Bonjour Monsieur. J' voudrais une glace. T'as quoi comme parfums ? Jazz", rock, jazz, jazz, jazz et là c'est l'envoûtante qui prend le dessus. Une chanson au sujet d'une baignoire. Une lampe au plafonnier s'allume. Lune ? Salle de bain ?
Un autre fantôme traverse la demi-obscurité. Serait-ce Sara ? Non. C'est un homme. Il s'installe au-dessus d'une console. On dirait qu'il sculpte dans l'espace comme si, avec ses doigts, il pouvait distordre les notes. Pour le moment pas de Sara. Deux musiciens jazzeux, un ''électreux '' pour accompagner une chanteuse. La baignoire prend une telle importance que l'entrée de Sara Martinet se fait attendre avec impatience. Une autre silhouette. Ceux qui l'ont déjà vue danser la reconnaissent : corps d'enfant, énergie musclée. Sara sait danser avec humour. Souvent, c'est une articulation qui prend le contrôle : un corps soumis aux volontés d'une main, des pieds qui gagnent leur indépendance. Les jambes des spectateurs n'ont pas envie de prendre leur cou.

2Sara 1 baignoire

Cela aurait pu s'arrêter là, la beauté d'une danse, d'une voix, d'une musique, à quelque chose de simplement magique, mais finalement la mayonnaise ne prend pas. Quand Sara danse, Sarah s'éclipse. Quelques secondes après l'entrée de la danseuse, les musiciens de la Caillibot et la Caillibot elle-même ne sont plus là. La sortie de scène est gérée lourdement. Un technicien vient chercher un accessoire. La magie se rompt.
Cela donne l'impression d'un collage, mais les interstices sont trop larges pour qu'une communication passe. Où est le propos ? Pourquoi monter sur scène tous ensemble si ce n'est pas pour dire quelque chose tous ensemble ? A partir de là, ce qui pouvait passer pour des fragilités touchantes prennent l'apparence de facilités pesantes. Certes les deux Sarah sont talentueuses et maîtrisent leur instrument à merveille, mais les yeah yeah yeah version yaourt pour montrer l'amplitude d'une tessiture, les Y jambe tendue au-dessus de la tête pour exposer la virtuosité d'un mouvement, ont tendance à faire perdre de leur force aux innombrables moments de grâce qu'elles approchent.
Le trio-musique vient s'asseoir sur le bord de scène pour chanter une berceuse sur la réalité des enfants qui grandissent au milieu des champs de mines. C'est magnifique. Le duo-danse devient théâtre pur, burlesque au possible. C'est prenant. L'écoute d'une compagnie entière, cette chose inexplicable qui fait qu'une communion s'opère, n'y était pourtant pas. II

Marcellin

2 Sarah 1 baignoire
Le chant, la danse des eaux. (Photos Camille Chalain / CdlP)








Danse et chanson
2 Sarah, une baignoire...
Cie Les Baigneurs.
Chanson : Sarah Caillibot. Danse : Sara Martinet.
Musique : Christian Alazard et Jean-Philippe Carde.

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2 Sarah 1 baignoire